Face à la crise, dans les Vosges, la Cfdt aux côtés des salariés

Publié le 05/10/2009 à 00H00 (mis à jour le 19/10/2009 à 16H09)
Sécurisation des parcours : comment les équipes locales de la Cfdt encouragent la certification des compétences - François Chérèque en Lorraine le 30/09/09
Face à la crise, dans les Vosges, la Cfdt aux côtés des salariés
Face à la crise, dans les Vosges, la Cfdt aux côtés des salariés
Sécurisation des parcours : comment les équipes locales de la Cfdt encouragent la certification des compétences - François Chérèque en Lorraine le 30/09/09

« Il faut encourager davantage les démarches de certification des compétences des salariés. Ici en Lorraine, dans une des régions qui souffrent le plus de la crise, certains ont travaillé plus de trente ans dans la même entreprise sans avoir bénéficié d'aucune formation. Ils devraient se voir reconnaître leurs qualifications, pour les utiliser ensuite dans leur entreprise ou dans d'autres », déclare François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, mercredi 30 septembre 2009 devant l'usine textile ‘Schappe-Techniques' de La Croix-aux-Mines (Vosges). Il venait de participer à un échange entre deux équipes locales CFDT, sur les atouts et difficultés de la mise en œuvre des bilans de compétences collectifs. Ce déplacement s'inscrit dans le cadre de la « tournée des entreprises, secteurs et bassins en difficultés » organisée du 29 septembre au 1er octobre par les URI (unions régionales interprofessionnelles) de la CFDT.

« Aujourd'hui, trop d'entreprises n'anticipent pas assez les problèmes économiques et sociaux », juge François Chérèque. Le secrétaire général de la CFDT conseille de recourir sans attendre à des formations et à la reconnaissance des qualifications : « dans les entreprises qui anticipent, on a des salariés plus efficaces, donc mieux payés. […] Ensuite, quand des difficultés surviennent, il y a moins de licenciements. Et les personnes licenciées retrouvent plus facilement du travail ». « Cette reconnaissance des qualifications devrait aller de pair avec une revalorisation salariale », insiste-t-il, préconisant lors d'un point presse de réviser le système d'aides aux entreprises. « Il faudrait cesser l'aide liée au Smic. Car aujourd'hui, quand l'employeur fait évoluer les salaires, il perd ses allégements de charges. Les 30 milliards d'euros générés [par ces allégements] devraient être utilisés plus intelligemment », indique François Chérèque à l'AEF. « Pourquoi la politique liée aux charges sociales ne tiendrait-elle pas compte de telles démarches de certification ? », suggère-t-il.

UN 1ER « DIAGNOSTIC COLLECTIF D'EMPLOYABILITÉ » DANS LES VOSGES

La rencontre d'hier a mis en lumière « le diagnostic collectif d'employabilité et de transfert de compétences » développé depuis un an dans une entreprise textile en difficulté (‘Kohler France Textile', à Ferdrupt) où le seul syndicat représenté est la CFDT. Comme le précise François Chérèque, « il a fallu une vraie démarche de conviction de la part de nos équipes syndicales [au plan territorial], avec le service public de l'emploi - l'Afpa et la DDTEFP des Vosges - pour amener les salariés à se rendre compte de l'intérêt de la certification. Au départ, la plupart étaient réticents : ils répétaient qu'ils étaient tisserands et ne savaient rien faire d'autre… ». Depuis cette expérience, l'Afpa-Lorraine est intervenue dans deux autres entreprises vosgiennes, du textile et de la filière bois.

Chez ‘Kohler' (41 licenciements en mai 2008), 48 des 56 salariés restants dans l'entreprise se sont portés volontaires. « Le but était double : repérer les compétences dans la perspective d'un changement de fonctionnement de l'usine [pour déterminer lesquelles étaient transférables ou à développer] et anticiper les reconversions externes ou internes », explique Alain Gatti, secrétaire général de la CFDT en Lorraine.

La démarche s'est déroulée en deux temps : D'abord, l'Afpa a analysé les postes et les situations de travail dans l'entreprise, en mettant l'accent sur les compétences comportementales et relationnelles. Comme le précise Sébastien Hach, secrétaire général adjoint de la DDTEFP des Vosges, « ce diagnostic collectif a abouti à une cartographie des compétences » qui ont été rapprochées des référentiels métiers (code Rome) de Pôle emploi, et des référentiels professionnels de la branche reconnus par le Forthac, l'opca de la chaussure, de l'habillement et du textile. Elles ont ensuite été rapprochées des compétences nécessaires à la nouvelle organisation de l'usine, pour déterminer l'accompagnement à mettre en oeuvre. « A partir de l'approche collective, chaque salarié a pu se positionner individuellement et constater qu'il manquait en général peu de choses pour acquérir une certification ou un diplôme », poursuit Alain Gatti.

TRANSFÉRABILITÉ DES COMPÉTENCES

A l'heure actuelle, 48 salariés de ‘Kohler' ont validé un CQPI (certificat de qualification professionnelle inter-industrie) (AEF n°116653) dans le cadre d'actions de reconversion financées par l'État. « Ce certificat permet de chercher un emploi dans d'autres secteurs que le textile : comme la chimie, la papeterie, etc. », assure Christophe Thomas, secrétaire général du syndicat CFDT des services Vosges-Moselle, auprès de l'équipe CFDT de ‘Schappe-Techniques ‘ encore sceptique. « [Avec la certification], vous verrez tel tisserand qui vérifiait les défauts en fin de chaîne postuler ailleurs en tant qu'agent de laboratoire pour faire du contrôle-qualité ».

Pour Christophe Thomas, l'expérience ‘Kohler' a eu d'autres effets positifs sur le fonctionnement global de l'usine textile. « Certains salariés ont découvert, après des années de travail, les produits finis de leur propre entreprise ! Et d'autres ont commencé à concrétiser des projets professionnels enfouis par peur du changement : ils se reconvertissent comme ambulancier ou encore dans les énergies renouvelables », explique-t-il. Autre intérêt, le développement du dialogue social : « maintenant, les délégués CFDT peuvent aller voir l'employeur dans son bureau et évoquer les plans de reprise, tandis que lui ne fait plus rien sans appeler le syndicat [CFDT, unique] ».

SUSPICION

Christophe Thomas reconnaît cependant que « cela ne s'est pas fait tout seul ». Dans un climat marqué par un PSE récent et les annonces de primes supralégales chez Continental, « les salariés [et leurs représentants syndicaux en entreprise] ne voulaient pas entendre parler de formation, surtout dans une entreprise où cette notion était absente depuis vingt ans. Et puis il y avait la réticence à parler de soi à d'autres… ». Cela illustre bien le « décalage » qui peut exister entre les différents niveaux de responsabilité syndicale, qu'a évoqué François Chérèque lors de l'université d'été de la CFDT et qui motive, pour une part, la tournée sur le terrain engagée par les équipes confédérales (AEF n°118654).

A Schappe-Techniques (La Croix-aux-Mines), l'équipe locale CFDT se montre ainsi hostile à ce dispositif de certification. Au contraire, la CGT s'est déclarée favorable en comité d'entreprise quand la CFTC a réservé sa réponse. « C'est déjà suffisamment douloureux, un PSE avec 40 départs et 6 licenciements secs. En général, quand on nous parle d'employabilité, c'est toujours en amont d'un PSE », indique Didier Mathieu (élu CFDT) à François Chérèque. Et les formations suscitent la même suspicion. « Cela fait 32 ans que je suis ici et je n'en ai jamais eu. Maintenant, tout le monde nous en parle : l'État, les syndicats… Qu'est-ce que cela cache ? », s'interroge Didier Mathieu, dubitatif quant aux bénéfices réels à en attendre « pour les salariés ».

« Cette opération est très profitable aux salariés, car quand une compétence est valorisée par un organisme extérieur (CQP, titre professionnel, etc.), elle est lisible par tous les acteurs, y compris hors de l'entreprise. [Ce diagnostic] peut servir en cas de PSE, puisque vous serez alors propriétaires de votre qualification », lui répond Sophie Valaitis, responsable d'affaires à l'Afpa-Lorraine. Le deuxième effet relève de l'image de soi : « en général, les personnes découvrent qu'elles ont plus de compétences qu'elles se l'imaginent ». Et Sophie Valaitis d'insister : « de toute façon, rien ne se décide hors de vous. Tous les mois, nous rendons compte de l'avancée des travaux devant un comité de pilotage qui associe a minima l'Afpa, la DDTEFP, la direction de l'entreprise et les partenaires sociaux ».


Dépèche AEF
n°120482 du 1/10/09

 


Face à la crise, une Cfdt en Lorraine mobilisée et à l'écoute des salariés