Florange - Un conflit au long cours ?

Publié le 29/02/2012 à 00H00 (mis à jour le 02/03/2012 à 09H49)
29 février - Chronique d'un conflit avec quelques photos, par Jean-Paul Steunou - Articles dans la presse quotidienne régionale
Florange - Un conflit au long cours ?
Florange - Un conflit au long cours ?
29 février - Chronique d'un conflit avec quelques photos, par Jean-Paul Steunou - Articles dans la presse quotidienne régionale

Lundi 20 février 2012
Les salariés de Mittal Florange occupent les bureaux de la direction pour une durée indéterminée.
L'intersyndicale CFDT-CGT-CGC et FO a décidé d'en interdire l'entrée aux patrons et de 'prendre le pouvoir' pour démontrer que leur entreprise peut fonctionner.
Cet après-midi, avec l'aide des municipalités du secteur, un 'village de la résistance' va être installé dans l'entreprise, devant les bureaux.
Tout le monde y est invité, salariés, population associations, élus, candidats, partis politiques, pour apporter leur soutien et engager le débat avec les sidérurgistes.
L'ambiance est lourde, électrique. Tout le monde a Gandrange en mémoire.
Ce matin, personne n'a parlé d'Ulcos. La responsabilité a été mise sur Mittal et les financiers, mais les politiques qui viendront seront trés certainement interrogés sur le sujet. L'occupation s'organise. Le 'petit village gaulois' prend forme.
Des actions diverses sont en préparation. Toujours aucune réaction des patrons qui restent invisibles.
Les média toujours très présents... et le Parti de Gauche.

Mardi 21 février 2012
Florange, le village de résistance est bien en place et il a des visiteurs !
Le bras de fer entre les patrons, les ouvriers et syndicalistes continue dans les locaux de la direction de Mittal à Florange. Hier après-midi, des tentes, des tables et des bancs avaient été dressés devant les grands bureaux. 
Aujourd'hui, toute la journée, des salariés, mais aussi des familles, des représentants d'associations et de partis politiques sont venus apporter leur soutien. Des salariés et des militants de Gandrange étaient aussi sur place. En 2009, ils ont vécu la fermeture de leur usine et les promesses non tenues de Sarko... Beaucoup d'entre eux avaient été reclassés à Florange. Que vont-ils devenir ?

Si les syndicalistes demandent le soutien des partis politiques, il ne veulent pas que leur action soit récupérée à des fins politiciennes et ils restent vigilants sur ce sujet. Jeudi, un comité central d'entreprise est programmé à Paris... Les nouvelles risquent fort de ne pas être bonnes. Pour l'instant, aucune réaction des patrons, ils font les morts ! Seule preuve qu'ils vivent encore, un communiqué qu'ils ont fait distribuer dans les bureaux et les ateliers (cf pièce jointe). La 1ère phrase de ce texte laisse présager que la direction désigne des responsables 'un certain nombre de représentants d'organisations syndicales' et que la répression ne va pas tarder.

Des actions sont en préparation mais, pour l'instant, par sécurité, les cibles et les dates restent secrètes.
Mémoire : Pour les anciens ! La dernière fois que les grands bureaux de Florange ont été occupés aussi longtemps, c'était en... mai 68. L'occupation avait duré plus d'une semaine. La CFDT, qui en était à l'origine avait inscrit son sigle en lettres immenses, sur la façade, en allumant tous bureaux et obturant certaines fenêtres, de telle façon que, la nuit, les lettres étaient visibles à plusieurs kilomètres.

Mercredi 22 février
Durcissement et mensonges
Depuis lundi matin, l'occupation se fait sans casse, sans heurt, dans le respect des personnes et du matériel.
Ce matin, quand les militants de l'intersyndicale sont arrivés, vers 7 h, devant les grands bureaux, le service surveillance avait de nouvelles consignes... 'filtrer' et ne laisser passer 'que' le personnel dument encarté Mittal. Les syndicalistes ont alors décidé de prendre le contrôle du poste de garde pour laisser entrer qui ils voulaient.
Autre provocation, sans doute pour pousser les militants à la faute, les portes de la salle de réunion de la direction ont été refermées par les services de gardiennage et la clé disparue ! C'est dans cette salle que les militants et les salariés pouvaient venir débattre en se réchauffant et en buvant un café. Il a fallu forcer cette porte, mais proprement... Dans le même temps, la direction, toujours absente du site, continue à diffuser par courriels des informations ayant pour but de diviser l'intersyndicale et de cibler quelques militants, sans doute pour préparer la répression.
Les visites et les messages de soutien se multiplient de la part de politiques, de syndicalistes, d'associations...
Une délégation du syndicat luxembourgeois OGBL est venue ce mercredi, apporter son soutien. Ces syndicalistes sont conscients que les usines luxembourgeoises de Mittal risquent d'être les suivantes sur la liste...


Jeudi 23 février
Le ciel s'assombrit sur Florange !
Ce matin, l'intersyndicale a décidé de frapper Mittal au portefeuille, je devrais plutôt dire au coffre-fort ! Rassemblement devant les locaux syndicaux et direction le portier de l'usine d'Ebange. C'est d'ici que partent toutes les expéditions de commandes. Des centaines de camions par jour. Depuis 9 h 30 plus aucun camion ne sort ni n'entre dans l'usine.

A Paris, avait lieu la réunion du comité central d'entreprise. On s'attendait au pire... Nous n'avons pas été déçus ! La direction a confirmé que les hauts-fourneaux resteraient à l'arrêt 'au moins' jusqu'à la fin du deuxième trimestre et n'a pas donné de garanties pour la suite.
Ce qui est encore pire et qui confirme nos craintes. A la questions des délégués syndicaux : 'Un haut-fourneau de Dunkerque va être mis à l'arrêt pour entretien. Si, pendant cette période, Dunkerque n'arrive plus à produire assez d'acier pour les commandes, peut-on envisager le redémarrage d'un haut-fourneau de Florange pour compenser cette perte ?', la direction a répondu : 'Non. Si nous manquons d'acier, nous en achèterons à notre concurrent russe Severstal'.

Cette annonce a fait l'effet d'une bombe à Florange car elle marque clairement la volonté de Mittal de fermer Florange. Il faut se souvenir que le russe Severstal est plus qu'un concurrent, c'est un 'ennemi' de Mittal. En effet, quand, il y a quelques années, Mittal a lancé son OPA hostile contre Arcelor, Severstal avait été pressenti par les dirigeants du groupe franco-luxo-espagnol pour contrer Mittal. Entre capitalistes on n'a pas la rancœur tenace !
De ce fait, l'action de blocage qui ne devait durer que quelques heures, va se poursuivre, au moins jusque vendredi soir et peut-être plus longtemps encore.

L'intersyndicale lance un appel à tous les élus politiques pour qu'ils lui apportent leur soutien. Cela pourrait par exemple se traduire par l'étude, en commun, d'un projet de loi qui permettrait de contrer cette politique dévastatrice de la multinationale. Les 'Floranges' attendent une réaction la plus rapide possible ! Dans quelques semaines il sera peut-être déjà trop tard. Dès demain midi les élus de Lorraine, députés, sénateurs, conseillers généraux et régionaux, les élus municipaux sont vivement invités à venir 'faire un tour' sur le lieu de blocage.

Vendredi 24 février
La journée des politiques
La journée des élus...Le blocage des expéditions se poursuit, jour et nuit. La direction, toujours absente du site, continue sa tentative de discréditer le mouvement par internet.
On se souvient que les syndicats avaient lancé un appel à tous les élus politiques pour qu'ils viennent les rencontrer ce vendredi. Les rencontrer pour leur apporter leur soutien mais aussi pour s'engager clairement à tout mettre en œuvre, y compris au niveau législatif pour obliger Mittal à redémarrer Florange ou à l'obliger d'accepter un repreneur.
Cet appel a été entendu. Beaucoup de maires, d'adjoints et d'élus municipaux, des conseiller généraux et le président du conseil général Weiten étaient présents. Le conseil régional avait aussi répondu à l'appel avec son président, Masseret. On notait également la présence des députés socialistes du secteur.
Au niveau des partis politiques, outre le PS qui avait mobilisé le banc et l'arrière banc, EELV était présent ainsi que le PC, le front de gauche, l'extrême gauche. Si les partis de droite étaient présents, ils ne se sont pas manifestés.
La députée européenne Sandrine Bélier, d'EELV était présente, entourée des élus EELV au conseil régional. Elle s'est longuement entretenue avec Edouard Martin de l'intersyndicale, avant l'arrivée de la vedette du jour...
Trois candidats à l'élection présidentielle ont répondu à l'appel : Alexis Jaros, Nicolas Dupont Aignan et François Hollande. Le moins connu, Alexis Jaros, était déjà venu distribué ces tracts, dans la plus grande indifférence. Un peu plus connu, Nicolas Dupont Aignan est arrivé en dernier, alors que la foule et les médias étaient partis. 
Vers 12 h 45, Hollande est arrivé, dans une cohue indescriptible de médias et de curieux. Il a rejoint les responsables de l'intersyndicale. Non sans mal, ils ont réussi à la faire monter sur la camionnette-sono Cfdt. A l'interpellation des  responsables CFDT, CGT, CGC et FO, il a répondu qu'il prenait l'engagement de promulguer une loi obligeant les patrons qui ferment une installation à accepter un repreneur. C'est ce qu'attendaient les syndicalistes, il a donc été longuement applaudi.
Pour les syndicats, la journée à été globalement positive, même si certains militants n'ont ni accepté ni compris l'omniprésence des élus PS qui semblaient plus être venus pour soutenir leur candidat que soutenir le combat des sidérurgistes !
Le blocage se poursuit pendant tout le week-end. Ceux qui ont mené de tels combats savent que ces moments sont souvent les plus difficiles à passer car la mobilisation est moindre et la fatigue se fait sentir. Aussi, une petite visite, à un moment ou a un autre de ces deux jours serait appréciée. 
La semaine prochaine, d'autres actions sont prévues... 

Journal de France 3 Lorraine 19h 24/2/12


Journal de France 2 20h 24/2/12


Lundi 27 février
Occupation des grands bureaux.
Dans la matinée, nous avons appris que quelques directeurs s'étaient retranchés, en catimini, dans des bureaux inoccupés du 3ème étage de la tour. Une forte délégation est montée et leur a conseillé de vider rapidement les lieux.
L'annonce de Sarko, ce matin, qu'il allait faire débloquer des sous ne soulève pas de grand enthousiasme. C'est une annonce qui avait déjà été faite, pour un cofinancement du projet Ulcos. Comme Ulcos est directement lié aux hauts-fourneaux, si ceux-ci ne redémarrent pas, il n'y a pas besoin d'Ulcos. Donc, comme d'habitude, comme à Gandrange, c'est probablement du vent ! Cependant, nous attendons plus d'infos, mais sans nous faire d'illusions.
Vers 16 h venue du candidat du NPA, Poutoux.

Mardi 28 février 2012
Journée de transition
La lutte continue. Les décisions d'actions sont prises au jour le jour.
La direction continue courageusement son action de sape par communiqués de presse interposés. Elle tente de monter les salariés contre les militants syndicaux. Ce matin a eu lieu la réunion mensuelle du comité d'établissement. Toujours aussi courageusement, les patrons ont 'décentralisé' cette réunion à Metz. Ils ont eu peur de la tenir à Florange...
La CFDT a décidé de boycotter la réunion, les autres syndicats y ont participé. Rien de plus que ce qui avait été annoncé au CCE n'en est sorti.
L'entrée des grands bureaux, le siège administratif de l'entreprise, a été bloquée pendant toute la journée. Seuls quelques petits chefs particulièrement 'motivés' sont allé bosser en escaladant les murs...
L'annonce de 3000 emplois 'chinois' sur la zone d'Illange laisse les sidérurgistes perplexes !
Ils ne sont pas dupes et parlent de miroir aux alouettes électoral.
Aujourd'hui, aucune visite remarquable de politiques, si ce n'est, en fin d'après-midi, celle d'une vague candidate UMP aux législatives ! Entendu dans les conversations : 'Douillet à Yutz ? A 4 km de Florange... quel courage !' 'Lelouche à Neuves-Maisons... c'est plus facile que de venir chez nous...' 'Le projet de loi des socialistes sur la reprise des entreprises, c'est bien, c'est ce qu'on leur avait demandé !'

La journée de demain devrait se dérouler de la manière suivante
A l'appel d'un tract de l'intersyndicale, rassemblement devant les locaux syndicaux à 8 h 30. En fonction du niveau de mobilisation, il sera décidé, soit un meeting devant le siège, soit une manif dans Florange en direction du portier de 'La Vallée' (c'est celui des hauts-fourneaux).
Au même moment, il devrait y avoir, à Hayange, une autre manif pour la défense de l'hôpital.
L'après-midi, la CGT seule organise une manif à Metz. Prévue de longue date, cette manif n'a rien à voir avec la sidérurgie...
 


Florange - 1ère réunion entre la direct° et l'intersyndicale ...
Florange : François Chérèque à la rencontre des salariés le 7 mars