Coup de semonce

Publié le 25/06/2010 à 00H00
Trois fois plus nombreux que le 27 mai, les Meusiens ont manifesté en masse, hier à Bar-le-Duc, pour dénoncer la réforme des retraites et exiger plus de justice sociale.
Coup de semonce
Coup de semonce
Trois fois plus nombreux que le 27 mai, les Meusiens ont manifesté en masse, hier à Bar-le-Duc, pour dénoncer la réforme des retraites et exiger plus de justice sociale.

© L'Est Républicain, Vendredi le 25 Juin 2010 / 24 heures Meuse

 

Sous la pression, place Reggio, les barrières ont été renversées mais le cordon de police a rapidement calmé le jeu sans incident. Photo ER

La rue s'est fait entendre, hier à Bar-le-Duc où deux mille personnes ont défilé pour condamner le projet de réforme des retraites du gouvernement.

On n'avait pas vu une telle mobilisation depuis les manifestations du printemps 2009.

Alors que les appels des organisations syndicales avaient semblé, ces derniers mois, moins audibles, les Meusiens se sont réveillés depuis qu'Éric Woerth a abattu les cartes de la réforme.

Le coup de semonce n'est pas anodin et ne surprend pas les leaders syndicaux qui observent, depuis quelques semaines une montée en puissance de leurs bases.

« Le téléphone n'arrête pas de sonner de gens déboussolés par ce qui les attend. Ils sont inquiets. Et pas seulement nos militants. Des gens qui n'ont pas l'habitude de manifester nous demandent comment empêcher ça », confie Didier Bertrand, secrétaire départemental CFDT.

Pas des Bleus

Unis dans la lutte - même si FO a une nouvelle fois fait bande à part - tous les syndicats étaient au coude à coude en tête de cortège.

La CGT par son représentant, Doris Warth, constate lui aussi « une prise de conscience plus forte qu'il y a quelques mois. Les gens savent compter. Ils comprennent qu'il n'y a aucune justice sociale dans cette réforme. Et repousser l'âge de la retraite, ça signifie plus de seniors au travail au détriment de l'emploi des jeunes ».

Une pancarte résumait ce paradoxe : « Merci Sarko j'ai encore du boulot, mais mes enfants sont au chômage » !

Une autre, inspirée par le calamiteux mondial des footballeurs français, osait le rapprochement : « Faut pas nous prendre pour des Bleus ».

Dans la foule des manifestants, on remarquait de nombreux fonctionnaires de toutes administrations aux côtés de salariés du privé - papeteries de Stenay, Arcelor Mittal, Lacto Serum...

« Cette réforme, c'est un prétexte pour dézinguer la fonction publique. On constate une exaspération sur le terrain. Dans l'Education Nationale (un enseignant gréviste sur deux hier), il y a une recrudescence des arrêts en longue maladie chez les jeunes », ajoute Ludovic Lerat (Unsa).

Des fonctionnaires « boucs émissaires », des salariés du privé craignant pour leur emploi, inquiets du devenir de leur retraite, il n'en fallait pas plus pour que le cocktail soit détonnant.

Très coloré sous un soleil estival, le cortège, parti de la gare, s'est rendu place Reggio où les manifestants ont scandé sur l'air des lampions, « le préfet au balcon ». Sans succès.

La tension est montée alors d'un cran et les barrières dressées sous les fenêtres d'Éric Le Douaron ont cédé. Mais le cordon d'une vingtaine de policiers a réussi rapidement à calmer le jeu sans incident.

Gérard BONNEAU