Bassin houiller : menace sur 400 postes hospitaliers

Publié le 12/03/2011 à 00H00
L'offre de santé tente de se restructurer de Forbach à Saint-Avold. L'objectif de la construction d'un grand hôpital a été fixé. Mais des réorganisations suscitent un tollé chez les syndicats qui prendront la rue aujourd'hui.
Bassin houiller : menace sur 400 postes hospitaliers
Bassin houiller : menace sur 400 postes hospitaliers
L'offre de santé tente de se restructurer de Forbach à Saint-Avold. L'objectif de la construction d'un grand hôpital a été fixé. Mais des réorganisations suscitent un tollé chez les syndicats qui prendront la rue aujourd'hui.

© Le Républicain Lorrain, Samedi le 12 Mars 2011 / Région
 
Aucun des hôpitaux de Moselle-Est (ici les Urgences de Marie-Madeleine, à Forbach) n'échappera à des réorganisations,  en attendant la construction d'un grand hôpital moderne à Freyming-Merlebach.Photo Philippe RIEDINGER 

L'incertitude qui plane sur l'avenir de l'offre sanitaire dans le Bassin houiller - 250 000 habitants entre Forbach et Saint-Avold via Freyming et Creutzwald - va se manifester, cet après-midi à Forbach. A l'appel d'une large intersyndicale FO-CFDT-CGT-CFTC-Sud-CGC, les personnels des hôpitaux devraient être nombreux à crier leur angoisse « face à la menace de 400 suppressions d'emplois » lors d'une manifestation dans les rues de la ville sous-préfecture.

Aujourd'hui, la santé dans le Bassin houiller, ce sont 980 lits sur six sites de moyenne ou petite taille. A l'heure de la tarification à l'activité, cette organisation qui creuse les déficits n'est plus viable. Depuis plus cinq ans, tous les acteurs de terrain planchent sur un nouveau schéma. Un objectif a été fixé pour 2015 : la construction d'un plateau technique unique (PTU), un grand hôpital moderne de plus de 400 lits et tous les services lourds (médecine, chirurgie, obstétrique, etc). L'Etat a promis une enveloppe de 80 MEUR et un site a été choisi, dans le secteur de Freyming-Merlebach.

Cette hypothèse recueille une quasi-unanimité, surtout au sein de la communauté médicale. Mais l'Etat, via son bras armé en région, l'Agence régionale d'hospitalisation (ARS), a fixé une condition : le retour à l'équilibre financier des établissements hospitaliers existants. « Or, cette condition est impossible à remplir en si peu de temps. Sachant surtout que certaines structures, comme Hospitalor, connaissent des déficits abyssaux, jusqu'à 20 MEUR, et que les directions successives n'ont jamais été capables de les résorber », note Marc Reisdorf, pour FO Hospitalor à Forbach.

Population vieillissante et malade

Pour faire des économies, un plan de réorganisation intermédiaire, avant la construction du PTU, a donc été imaginé par les directions des hôpitaux. « L'ARS a validé ce projet intermédiaire, mais il s'agit là d'un massacre de notre offre de santé. Le chiffre de 400 emplois supprimés a été avancé. A Lemire Saint-Avold, par exemple, nous allons perdre trois services de médecine spécialisée. Des transferts de services sont proposés en dépit de toute cohérence de l'offre de soins et du service à rendre aux patients. La disparition des établissements Hospitalor à Forbach comme la fermeture de la maternité Hospitalor de Saint-Avold sont une hérésie et vont créer une fuite encore plus dramatique des patients », s'indigne Brigitte Fidry, déléguée FO au centre hospitalier Lemire.

Face à toutes ces restructurations intermédiaires, « plus personne ne croit vraiment à la réalisation du PTU parmi les personnels de santé. Nous pensons que la période intermédiaire va être prétexte à amoindrir l'offre de soins et à nous rayer de la carte sanitaire alors que nous avons un nombre d'habitants équivalent au secteur de Metz », poursuit Hubert Leininger, CFDT.

L'enjeu est effectivement de taille pour le Bassin houiller. La question est sanitaire : la population, vieillissante et touchée par un taux de mortalité évitable supérieur à la moyenne nationale, a plus que jamais besoin d'une offre de proximité. C'est aussi une affaire d'aménagement du territoire : rudement ébranlé par les crises successives, le bassin peine à se relever. Depuis la fin de la mine, les hôpitaux constituent le plus gros employeur du secteur. S'ils se réduisent comme peau de chagrin, la Moselle-Est devra endurer une nouvelle catastrophe économique, sociale et humaine.

Stéphane MAZZUCOTELLI.