Les greffiers découragés même pour manifester

Publié le 08/09/2011 à 00H00
Un appel à la mobilisation a été lancé, hier, par la CFDT pour dénoncerles conditions de travail des greffiers. Les rangs sont restés bien minces.
Les greffiers découragés même pour manifester
Les greffiers découragés même pour manifester
Un appel à la mobilisation a été lancé, hier, par la CFDT pour dénoncerles conditions de travail des greffiers. Les rangs sont restés bien minces.

© Le Républicain Lorrain, Jeudi le 08 Septembre 2011 / MTZ /

 

 

Seule la CFDT a appelé à la mobilisation. Ni la CGT ni l'Usaj-Unsa n'ont suivi le mouvement. Photo Gilles WIRTZ

Le jour était symbolique. Hier, mercredi 7 septembre, la direction des services judiciaires convoquait les syndicats des fonctionnaires des greffes pour présenter son projet : recruter des greffiers avec le niveau bac et non plus bac + 2. L'heure non plus n'était pas anodine. À 12 h 30, les greffiers de toutes les juridictions étaient invités à se mobiliser autour de la CFDT, seul syndicat à l'appel du mouvement, pour défendre leur statut et dénoncer leurs conditions de travail. Une grève à la pause déjeuner pour ne pas alourdir encore la charge de travail de ces fonctionnaires de greffe qui, depuis quelques années, voient leurs conditions de travail se dégrader sévèrement.

Mais peu de personnels de cette profession de l'ombre se sont ralliés à la cause de la CFDT. Pourtant, le constat est là. Une greffière au pénal résume la situation. « Embaucher des greffiers avec le niveau bac signifie que l'on n'a pas besoin d'être formé alors qu'on nous en demande toujours plus, explique-t-elle. Un jugement au pénal, c'est le greffier qui le dactylographie et, ensuite, le projet est soumis au magistrat qui le signe. »

Compte tenu des effectifs qui ne cessent de diminuer, la charge de travail ne cesse d'augmenter. « En dix ans, poursuit-elle, j'ai bien vu le métier se dégrader. On nous en demande toujours plus, on nous rajoute des tâches suite à des réformes qui alourdissent les procédures. Puis, on nous installe des logiciels compliqués réalisés par des donneurs d'ordre qui ne connaissent pas notre métier. Tout ça, sans compter le mépris pour notre profession. »

Martine Roesch, syndicaliste de la CFDT, considère que « T ous les acquis sont bafoués. Aujourd'hui, les greffiers ne peuvent plus se former à l'ère des statistiques. Les objectifs sont la saisie maximum des dossiers pour faire du chiffre. Des postes ne sont pas pourvus et les gens sont démotivés puisqu'il n'y a pas de compensation. Nous sommes aussi, à la justice, dans une obligation de rendement ».

Au côté des syndicalistes, Brigitte, 61 ans et 41 années d'exercice : « Pour suivre mon mari gendarme, je suis passée par beaucoup de juridictions où, à chaque fois, je devais faire mes preuves et repartir à zéro. Je ne sais pas encore quand je partirai à la retraite, mais la réforme de l'évaluation des fonctionnaires ne m'a pas permis de monter les échelons que mes collègues, qui n'ont pas bougé, sont parvenus à atteindre. J'ai vraiment l'impression d'avoir travaillé toute ma vie pour pas grand-chose, moi qui pensais dignement terminer ma carrière. »

C. P.