Raymond Aubrac hier à metz devant 250 élèves : "RESISTEZ" !

Publié le 22/09/2009 à 07H20
Dans le cadre d'un après-midi exceptionnel, hier, Raymond Aubrac est allé à la rencontre d'élèves du lycée Robert-Schuman, avant d'animer un débat sur la protection sociale à l'hôtel de ville. Rencontre historique.
Raymond Aubrac hier à metz devant 250 élèves : "RESISTEZ" !
Raymond Aubrac hier à metz devant 250 élèves : "RESISTEZ" !
Dans le cadre d'un après-midi exceptionnel, hier, Raymond Aubrac est allé à la rencontre d'élèves du lycée Robert-Schuman, avant d'animer un débat sur la protection sociale à l'hôtel de ville. Rencontre historique.

L'ancien résistant Raymond Aubrac, 95 ans,  a rencontré 250 élèves au lycée Robert-Schuman  de Metz. «Je suis comme tout le monde, j’attends l’âge de la retraite. Mais je ne suis pas pressé…»
L'ancien résistant Raymond Aubrac, 95 ans, a rencontré 250 élèves au lycée Robert-Schuman de Metz. «Je suis comme tout le monde, j’attends l’âge de la retraite. Mais je ne suis pas pressé…»

Ils ont lu son nom dans leurs livres d’histoire. Connaissent -dans les grandes lignes au moins- son parcours et son engagement. Et voilà qu’il est là, face à eux, et c’est tout un pan de l’Histoire de France qui prend corps. Leur histoire. Hier après-midi, à l’invitation de l’Union locale CFDT des retraités de Hagondange et environs, Raymond Aubrac a rencontré 250 élèves de 3e et de 1ère du lycée Robert-Schuman de Metz. Au fil de leurs questions, il revient sur son incroyable parcours. Comment lui, ingénieur civil des ponts et chaussées? et Lucie, son épouse, professeur d’histoire, sont entrés en résistance. Il raconte l’année 1940 et ce pays «assommé par une défaite militaire », qui tente de survivre dans «un chaos indescriptible », le maréchal Pétain «qui remet le pays au travail, certes, mais surtout au bénéfice de l’armée nazie ». Il se souvient de cette prise de conscience et que peu à peu, «un certain nombre de choses ont paru inadmissibles. Inacceptables. Comme la disparition de la République ». C’est là que tout commence. Des graffitis sur les murs aux journaux clandestins, en passant par la distribution de tracts. «Nous étions poussés par un sentiment de solidarité et par un grand optimisme, car nous étions sûrs de faire quelque chose d’utile ». Il évoque l'«utopie » d’alors qui leur donna finalement raison.

«Battante combattante »

Raymond Aubrac revient également sur sa première rencontre avec Jean Moulin, en cette «soirée très froide de janvier 1942, derrière les colonnes du théâtre de Lyon ». Puis leur travail conjoint, de la préparation de «l’armée secrète, creuset du FFI », jusqu’à leur arrestation à Caluire, par la gestapo, en juin 43. Jean Moulin perdra la vie. Raymond Aubrac en réchappera de justesse. Emprisonné, il sera libéré quatre mois plus tard grâce à un plan d’évasion monté par son épouse Lucie. Elle fut toujours auprès de lui dans la lutte, puis engagée pour la paix et la liberté au travers de nombreuses actions, jusqu’à son décès, en mars 2007. Mais Raymond Aubrac en parle toujours au présent : «C’est une militante, une battante combattante, spécialisée dans les évasions. Toujours persuadée qu’elle va gagner et qui ne se décourage jamais ».
Les élèves n’oublient pas d’évoquer le CNR (Conseil national de la Résistance), né en 1943 «dans la clandestinité, pour rassembler toutes les sensibilités politiques et bâtir un programme approuvé à l’unanimité ». Des mois de réflexion, de discussions et de débats, et enfin, ce texte «qui expose ce pour quoi les résistants se sont battus. Il résume l’expression fondamentale de la solidarité nationale ».

Des «acquis rognés »

Finances, protection sociale, enseignements… «Autant d’acquis qui, depuis quelques années, commencent à être un peu rognés sur les bords. C’est un véritable paradoxe de voir qu’un pays riche comme la France exprime la générosité de la Nation avec frilosité, restriction et un retour, dans une certaine mesure, à l’esprit de l’Ancien régime ». Raymond Aubrac se dit «inquiet quant au socle même du CNR : la solidarité ». De quoi inciter tous ces jeunes gens, il l’espère, à «réfléchir, se mobiliser et agir ».
Un peu plus tard, à l'hpotel de ville, Raymond Aubrac a participé à un débat sur la protection sociale. «La solidarité fait partie de notre culture, mais notre système actuel pourrait le grignoter petit à petit..», a-t-il répété. «Ne serions-nous pas forcés d’entrer en résistance ? », demande un jeune homme. «Nous devons défendre ce que nous avons conquis et qui pourrait nous échapper. Ce combat n’est pas simple, mais il est moins dangereux qu’en 43 », sourit Raymond Aubrac. 

Sandra CRANÉ.
Publié le 22/09/2009 (Metz/Orne - A la Une)