SOCIAL : LE PRIVE AU COEUR DE LA CONTESTATION

Publié le 20/03/2009 à 00H00
Le deuxième épisode de la grogne sociale a drainé 50 000 Lorrains dans les rues, hier, avec une poussée du mécontentement des salariés du privé. Métallos, employés d'équipementiers automobiles, de PME, du commerce, des services, tous veulent sauver leur emploi et gagner plus.
SOCIAL : LE PRIVE AU COEUR DE LA CONTESTATION
SOCIAL : LE PRIVE AU COEUR DE LA CONTESTATION
Le deuxième épisode de la grogne sociale a drainé 50 000 Lorrains dans les rues, hier, avec une poussée du mécontentement des salariés du privé. Métallos, employés d'équipementiers automobiles, de PME, du commerce, des services, tous veulent sauver leur emploi et gagner plus.

J
e n’ai jamais vu autant de monde », assure cette retraitée postée devant la cathédrale de Metz. Mais elle n’était pas venue le 29 janvier dernier. Combien étaient-ils hier, dans les rues de Metz ? C’était un peu la question du jour. A-t-on fait mieux qu’en janvier ? Le mouvement a-t-il pris de l’ampleur ? «C’est kif-kif, il y a sûrement autant de monde qu’en janvier », assure Edouard Martin, de la CFDT. «Mais traditionnellement, le secteur privé est bien plus présent, notamment grace aux industries », reconnaît son homologue de la CGT, Denis Pesce.
Au sein du cortège, le contingent de retraités affiche avec fierté un calicot universel : «Retraité floué !». Il côtoie ceux du monde enseignant, visiblement remonté contre les projets de Xavier Darcos pour le lycée et de Valérie Pécresse pour l’université. Mais c’est bien l’accumulation des mauvaises nouvelles dans l’industrie qui a fait descendre dans la rue Aline et Mélodie, employées de KSKF (pistons) à Basse-Ham où 81 licenciements sont annoncés. «Nous sommes d’abord venues pour sauver nos emplois », disent-elles. Même refrain chez Lucien, 53 ans, d’Eurostamp à Villers-la-Montagne (équipementier automobile). «On commence avec le chômage partiel et on nous promet un plan social dans pas longtemps. On entre en résistance, on veut garder notre emploi !», martèle-t-il. Même la SLCA de Florange (aéronautique) bat le pavé messin. «Ils s’en prennent aux intérimaires !», insiste Bernard, un salarié de la PME. Cette manifestation, un peu flâneuse, traîne son fardeau d’inquiétudes parmi des salariés issus de métiers inattendus. «C’est la première fois qu’on vient. Mais nos salaires, c’est vraiment la misère », lâche un employé du casino d’Amnéville qui brandit sa banderole. Une grosse poignée de gens de la Fnac est noyée dans la foule. «75 % des personnels du magasin sont en grève. Ils veulent fermer lae magasin de la Bastille à Paris, Bâle, il y a des plans sociaux, des réductions d’effectifs… Plus de 400 postes supprimés », s’insurge un employé. «Idem chez Orange, à Metz. Pire, les patrons se sont redistribués 45 % de dividendes qui ont augmenté de 1,30 € à 1,40 € l’action. Ils dégraissent nos effectifs et notre prime d’intéressement baisse de 300 euros », lâche Yolande.
«Nous, on a les miettes»
Les gros bataillons de l’industrie sont bien là. Les métallos avec les «Gandrange», ceux d’ArcelorMital Florange venus avec sept bus, qui se battent «pour une augmentation des salaires». Les employés de la chimie à Carling ne pouvaient pas rater Total et ses «14 milliards de bénéfices… pour détruire l’emploi» (lire par ailleurs). L’automobile, avec les salariés de PSA Peugeot Citroën, de la Sovab à Batilly, craint le pire. «On accumule le chômage partiel », lance Michel, de PSA Trémery. Les «Ascométal», à Hagondange, s’inquiètent : «On a 50 % de baisse d’activité. Et on annonce un report des investissements », explique Cyrille. Même son de cloche dans le BTP, avec Jean-Luc, 58 ans, salarié de SPIE Batignolles, à Uckange : «On est à 28 heures de travail par semaine. Ça va mal. Dans les grands groupes, les patrons se servent et nous, on a les miettes. » Le cortège s’achève devant la préfecture de région où brûle «un Sarko… phage. Avec la crise en thème», qui font sourire un couple de retraités. Les mots «emplois, salaires, santé» gravés sur ce cercueil en contreplaqué sont partis en fumée.
Bernard KRATZ.
Publié le 20/03/2009 – Temps fort