TransFensch : chronique d'une crise sans fin (RL - THI / Me. 13 Septembre 2017 )

Publié le 13/09/2017 à 08H52
D'un côté une direction qui pointe un taux d'absentéisme record inacceptable ; de l'autre des chauffeurs qui dénoncent l'absence de feuille de route et une pression trop forte. Au milieu, les usagers des lignes de bus trinquent. D'une manière générale, les clients se sont montrés réceptifs au malaise exprimé par les chauffeurs en grève. En aparté, beaucoup sont partagés et ne comprennent rien au conflit interne de TransFensch. Ce qu'ils observent : un service public qui se dégrade et des tournées irrégulières.

 

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Mardi, 8 heures, boulevard Foch à Thionville. En cette journée marquée par la mobilisation nationale contre la loi Travail, une poignée de chauffeurs de TransFensch a décidé d'aller au contact des usagers. L'intention est louable mais risquée. « On se fait tout le temps interpeller par les gens ! Ils n'en peuvent plus d'attendre des bus qui ne passent pas ; d'apprendre que telle ou telle ligne a été supprimée. Nous, on est en première ligne. On se prend tout dans la tête, mais il faut bien voir comment on en est arrivé là ! », enrage un roulant aujourd'hui en grève comme une vingtaine d'autres collègues.

« Bien sûr on a fait exprès de se mobiliser aujourd'hui à cause du mouvement national. Mais ce qu'on veut surtout, c'est expliquer aux usagers qu'aujourd'hui, on assassine le service public ! », pointe d'entrée de jeu Younès Selmani pour la CFDT. La liste des récriminations ? La même que l'on entend depuis trop longtemps : « Trop de pression sur les chauffeurs ; manque de vision cohérente à long terme du schéma de transports ; charges de fonctionnement sous estimées depuis 2005... On nous explique qu'il n'y a plus d'argent. Nous répondons : faux ! Il est simplement mal utilisé !»

L'abandon des lignes transfrontalières (déficitaires) au début de l'été et la toute récente contraction des lignes urbaines sont « incompréhensibles » aux yeux des syndicats - alors pourtant que cela concourt à un plan de redressement des comptes évident -. Entre les lignes, on saisit surtout toute la rancoeur de certains qui ont vu d'anciens leaders syndicaux « achetés avec de bons postes en 2012 ». Ce qui pourrait paraître anecdotique ne l'est pas : depuis cette époque, le malaise social n'a cessé de s'amplifier au sein de la société.

À la sortie des bus, guère de monde pour prendre le temps d'écouter la version syndicale de ce qui cloche au sein de l'entreprise publique de transports. Les usagers versent plutôt dans le registre de la fatalité. « On a bien vu qu'il y avait de gros problèmes ces deux derniers mois mais qu'est-ce que vous voulez faire ? On s'adapte. Quand un bus ne passe pas, on attend le suivant ; on n'a pas vraiment d'alternative », pointe une dame à l'arrêt de bus Foch. Le tract distribué ce jour par les roulants en grève ? « Oui, oui. C'est vrai que s'il y a des problèmes avec la direction, ça ne doit pas être évident de travailler dans de bonnes conditions », analyse cette néophyte d'un dossier social empoisonné depuis des années.

Récemment, les conclusions d'un audit (lire par ailleurs) commandé par le SMITU - l'autorité qui décide de l'organisation des transports en Moselle nord - sont sans appel : il y a urgence à tout redresser au sein de la société : les finances, les ressources humaines et l'absentéisme ; la structuration du réseau ; la refonte du système de rémunération... Bref un chantier titanesque. L'enjeu n'est pas neutre : il en va de la survie de 350 emplois.