Éducation : lycées vides pour classes surchargées

Publié le 11/02/2011 à 00H00
« Que le gouvernement prenne garde que le mouvement ne passe pas de l'indignation à la révolte », ont averti hier les enseignants, nombreux hier matin dans les rues déodatiennes.
Éducation : lycées vides pour classes surchargées
Éducation : lycées vides pour classes surchargées
« Que le gouvernement prenne garde que le mouvement ne passe pas de l'indignation à la révolte », ont averti hier les enseignants, nombreux hier matin dans les rues déodatiennes.

Vosges Matin, Vendredi le 11 Février 2011 / Saint-Dié

 

 

De l'école primaire au lycée, des enseignants aux enfants : tout le monde éducatif était concerné hier par la manifestation. (Photo F.S.)

Des slogans choc et beaucoup de monde dans les rues déodatiennes hier matin, avec environ 400 manifestants.

Quasiment aucun cours, des salles des professeurs désertes, et donc un jour de répit pour les élèves : les lycées déodatiens sonnaient un peu le creux hier matin. À l'inverse, la manifestation des enseignants a fait le plein, rassemblant de nombreux représentants de l'Éducation Nationale, mais aussi - et c'est plus rare - de professeurs du secteur privé de Saint-Dié, qui se sont largement associés au mouvement de grève. Quasiment aucun cours n'a été donné hier matin dans les trois établissements privés de la ville. « Au même titre que nos collègues du public, nous sommes concernés par les restrictions horaires », indiquait Dominique Paillard, délégué CFDT à Beau-Jardin.

Au total, près de 400 personnes, selon des estimations de la police, ont manifesté dans les rues déodatiennes, fédérant également des parents d'élèves et des élus.

L'ambiance plutôt décontractée s'est crispée lors de la rencontre des parents d'élèves de l'école Camille-Claudel de Marzelay avec quelques représentants du conseil municipal déodatien. Le ton est alors monté, les parents présents estimant en substance qu'« une municipalité qui ferme ses écoles », n'avait pas sa place dans une manifestation qui veut sauver le système scolaire.

Dans un communiqué, le maire Christian Pierret a dénoncé pour sa part la « politique de démantèlement du service public de l'enseignement » menée par le gouvernement. « Son objectif est de construire une école publique « low cost » en dévalorisant le métier d'enseignant. Alors qu'une politique d'éducation ambitieuse au service de la réussite de tous les élèves nécessite plus de moyens, cette série de décisions met à mal l'idéal républicain de l'égalité des chances.

Le service public de l'Éducation est méthodiquement sacrifié sur l'autel de la réduction des dépenses publiques pour diminuer les déficits publics. Mais c'est la jeunesse et notre avenir qui sont tout simplement sacrifiés. »

40 postes perdus à Baumont

Autour d'un slogan : « Un seul poste à supprimer, celui de l'Élysée », c'est l'exaspération devant les moyens peau de chagrin pour l'éducation qui s'est exprimée hier. « On risque de passer de l'indignation à la révolte », a prévenu cette enseignante du lycée Jules-Ferry, en sortant d'une assemblée générale très suivie. La même colère s'est exprimée au lycée Baumont qui a perdu une quarantaine d'enseignants en cinq ans, passant de 160 à 120 postes, tandis que les effectifs d'élèves sont restés stables. Résultat : « Les classes sont de plus en plus surchargées, ce qui pose de réels problèmes, avec 30 élèves par classe, en langues vivantes et en aide personnalisée », ont indiqué des manifestants. « On va arriver à la disparation de l'enseignement technologique », ont estimé les enseignants, dénonçant la « logique purement comptable de Luc Châtel, cet ancien DRH de L'Oréal ».

« Les professeurs vont également devenir pluridisciplinaires et vont devoir se former à de nouvelles matières, par le biais de vidéoconférences », souligne un enseignant.

Les limites du système pluridisciplinaire étaient déjà perceptibles hier matin dans le cortège. A entendre entonner par les manifestants les refrains dissonants, les oreilles abolues ont mesuré que le métier de prof' de musique n'est pas donné à tout le monde ! La spécialisation de la matière enseignée a du bon parfois. Du moins pour les écoutilles !

Ph.C.

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