A temps ?

Publié le 19/09/2012 à 00H00
François Chérèque avait annoncé son départ depuis longtemps. Sans cesse repoussé, alors que le nom du successeur était connu, il s'est soudain précipité. Pourquoi maintenant ?
A temps ?
A temps ?
François Chérèque avait annoncé son départ depuis longtemps. Sans cesse repoussé, alors que le nom du successeur était connu, il s'est soudain précipité. Pourquoi maintenant ?

© Le Républicain Lorrain, Mercredi le 19 Septembre 2012 / IG /

 

 

 

C'est la question que l'on peut se poser. En effet, le secrétaire général de la CFDT apparaît comme l'interlocuteur privilégié d'un pouvoir de gauche enfin soucieux d'instaurer une véritable démocratie sociale en France. Ouvert à la concertation et acquis à l'idée défendue par François Hollande d'inventer un pacte social à la française, il est un allié sûr pour le gouvernement aux prises avec une crise sans précédent. Fils de Jacques Chérèque, bien connu des Lorrains, et digne héritier de Nicole Notat qui l'avait intronisé, il a choisi de tirer sa révérence à un moment clé de notre histoire sociale. Ecouté et apprécié des milieux réformistes, Chérèque n'est pas pour autant sur la même longueur d'ondes que ses collègues de la CGT et de FO. Loin s'en faut. Après une courte période d'euphorie unitaire, le front syndical s'est fracturé au cours du quinquennat de Nicolas Sarkozy, notamment sur la question des retraites. En 2003, Chérèque s'était déjà trouvé contesté au sein de sa propre centrale qui avait subi de lourdes pertes d'adhérents. Aujourd'hui, le leader cédétiste se sait attendu au tournant de la grande négociation sociale prévue sur la réforme du marché du travail. Face à l'intransigeance de la CGT et de FO, il ne cache pas que le coût du travail pose problème et se dit prêt à accepter plus de souplesse - ou de flexibilité, mot tabou chez nous - dans le droit du travail en échange d'une sécurité accrue pour les salariés. Un sujet qui divise les syndicats mais auquel la CFDT, mieux représentée dans le secteur privé, est particulièrement sensible. Alors François Chérèque part-il trop tôt, parce qu'il va manquer un rendez-vous historique pour la conclusion ou non d'un pacte social ? Ou part-il à temps pour s'éviter une défaite ou un reniement ? Nous penchons plutôt pour la seconde hypothèse. Après tout, dix ans de syndicalisme au top niveau valent bien deux quinquennats dans un pays où les conflits sont permanents.

Pierre FRÉHEL.