Automobile : lendemains d'apocalypse

Publié le 26/09/2012 à 00H00
Les Français dispersés
Automobile : lendemains d'apocalypse
Automobile : lendemains d'apocalypse
Les Français dispersés

© L'Est Républicain, Mercredi le 26 Septembre 2012 / Grand Angle + Vosges Matin

 

 

La tour Renaissance, siège de GM à Detroit

La moitié de la ville est à l'abandon.

Partout, des immeubles vides, des grillages, des magasins barricadés...

En plein centre de Détroit, certaines artères sont vides, galeries commerciales fermées, immeubles inoccupés. Les Américains ont restructuré leur industrie automobile à la hache.

Depuis son bureau du trente-neuvième étage de la tour Renaissance, le regard de Dan Akerson embrasse tout Detroit, sa rivière et jusqu'au Canada. Le patron de GM, 63 ans, est l'artisan du ' bailout ', le grand sauvetage. Fermetures d'usines, licenciements massifs, exode de milliers de travailleurs, mise à mort de tout un écosystème de sous-traitants, c'est à ce prix, en 2008 et 2009, que GM a pu conserver 17 sites de production dans l'Etat du Michigan, ainsi que son centre de recherche de Warren. L'ancien marine Dan Akerson regarde maintenant vers l'Europe. Son nouvel allié, PSA Peugeot Citroën, se porte mal. L'allemand Opel cumule les pertes, 12 milliards en 14 ans. La conception des véhicules, aujourd'hui, passe par une approche par modules. Dans un gigantesque meccano à l'échelle de la planète, les maîtres du jeu déterminent à quel pays ira quelle plate-forme, quel modèle, quelle chaîne de production. La rentabilité constitue le paramètre ' number one '.

La violence d'une guerre

Depuis son bunker de verre et d'acier, Dan Akerson peut voir à l'oeil nu la ville en miettes et ses banlieues à l'abandon. La journée, les clochards réchauffent leur carcasse au soleil de l'été indien, jusque sur sa pelouse, pendant qu'au-dessus d'eux piaillent les mouettes venues des grands lacs. La moitié des magasins et des bureaux a fermé. Dès la nuit tombée, toxicomanes et déclassés de tout poil errent dans des rues désertes et dangereuses. Au centre, un gratte-ciel sur deux est vide. Dans les quartiers périphériques les maisons saisies à des familles étranglées par les ' subprimes ', s'écroulent petit à petit, mangées par la végétation. L'apocalypse économique a marqué toute la région avec la violence d'une guerre.

Les Français dispersés

C'est dans cette ville en lambeaux que l'hyper-puissant UAW (Union des travailleurs de l'automobile) vient d'accueillir les syndicalistes étrangers du groupe GM pour un conclave secret. Les Français sont venus dispersés, c'est leur culture. CFDT, CGC, FO et CGT sont toujours aussi incapables de parler d'une même voix. Quant aux Allemands d'IG Metall, ils disent d'abord leur inquiétude pour l'avenir d'Opel. Tables rondes, discussions, visites, banquets... Les Américains ont mis les petits plats dans les grands pour recevoir les camarades européens. Sur place, le responsable CGT de l'usine Peugot de Sochaux, Bruno Lemerle, veut y croire. ' L'alliance PSA-GM signifie que nous allons faire ensemble ce que nous faisions séparément. Il y aura des économies. Nous, à la CGT, nous souhaitons que l'alliance avec GM aboutisse aussi à de nouveaux projets pour nos usines en France '.

Un voeu pieux. Dan Akerson ne demandera pas son avis à Bruno Lemerle le jour où il taillera dans le gras. Lâchera-t-il Opel ? Sacrifiera-t-il un site français ? Les gros bras de l'UAW ne pourront pas grand-chose pour les petits frenchies.

200.000 salariés de moins

En France, le scénario catastrophe de la disparition de l'usine PSA de Rennes, après celle d'Aulnay, donne des sueurs froides aux syndicats. Les gros modèles qui y étaient fabriqués (508, C5) vont être transférés en Allemagne. Pour les syndicalistes européens en visite dans le Michigan, l'exemple américain est lourd de menaces. L'assèchement du crédit puis l'effondrement de la demande ont précipité l'automobile américaine dans le gouffre. Barack Obama a ouvert la vanne aux milliards pour permettre à GM et Chrysler de se restructurer. Ford s'en est sorti de justesse. Les salariés qui n'ont pas été virés ont perdu en salaire et en protection sociale. Les concessionnaires ont été abandonnés. L'automobile a survécu mais les hommes ont été broyés. 200.000 emplois directs ont été sacrifiés. Dix-huit usines ont été fermées. Plombée par ses surcapacités, c'est maintenant l'Europe qui se retrouve dans l'oeil du cyclone.