CFDT : Chérèque part avant « le match de trop »

Publié le 19/09/2012 à 00H00
La CFDT, premier syndicat français en nombre d'adhérents, s'apprête à clore le chapitre « François Chérèque ». Leader réformiste de la centrale depuis 10 ans, il juge la période « propice » pour démissionner de son mandat.
CFDT : Chérèque part avant « le match de trop »
CFDT : Chérèque part avant « le match de trop »
La CFDT, premier syndicat français en nombre d'adhérents, s'apprête à clore le chapitre « François Chérèque ». Leader réformiste de la centrale depuis 10 ans, il juge la période « propice » pour démissionner de son mandat.

© Le Républicain Lorrain, Mercredi le 19 Septembre 2012 / IG /

 

 

Reconduit en juin 2010 pour un troisième mandat de quatre ans, François Chérèque, imposé en 2002 à la tête de la CFDT par Nicole Notat, a toujours été un adepte des changements à petits pas mais est décrit comme « autoritaire ». Photo AFP

François Chérèque a annoncé hier sa décision de quitter en novembre la tête de la CFDT qu'il dirige depuis dix ans. C'est devant le bureau national et dans une lettre aux militants qu'il a annoncé sa décision, anticipant le terme de son mandat mi-2014. Il appartiendra au bureau national (direction), lors de l'Assemblée générale de la centrale les 28 et 29 novembre, de désigner officiellement son successeur.

« La période me paraît propice à ce passage de relais » avec Laurent Berger (lire ci-dessous), juge le leader de l'organisation, âgé de 56 ans. Il évoque « l'alternance politique », la bonne santé et la « cohésion » de la CFDT, mais aussi des raisons « plus personnelles » pour justifier son départ. « Je ne voudrais pas faire l'année de trop, le match de trop au risque de ternir ces années passionnantes passées ensemble », écrit-il dans sa lettre au ton chaleureux.

Son départ n'est pas une surprise : depuis le congrès de Tours en 2010, il avait à plusieurs reprises laissé entendre qu'il n'irait pas au bout de son mandat de quatre ans. « Je trouve sain que les dirigeants syndicaux se mettent une limite dans le temps quant à leur responsabilité », disait-il en début d'année.

Son départ est aussi le premier d'une série sur la scène sociale : Bernard Thibault quittera la tête de la CGT en mars et la succession de Laurence Parisot, du Medef, interviendra en juillet.

Sa succession, Chérèque l'a préparée de longue date et avec doigté : Laurent Berger, 43 ans, en charge de l'emploi, a été pressenti dès 2010 pour prendre le relais. En mars dernier, le dauphin est promu secrétaire général adjoint, numéro deux de la CFDT, avec la bénédiction des ténors. « Laurent Berger sera proposé pour me succéder, c'est un secret de polichinelle », affirmait alors Chérèque.

Cette transition douce tranche avec le psychodrame qui se joue à la CGT, engluée dans une crise de succession. Confronté pendant dix ans à des gouvernements de droite, Chérèque a choisi un moment crucial pour passer le flambeau : la CFDT veut accompagner les réformes du gouvernement socialiste et salue ses ouvertures vers le dialogue social avec le patronat alors que le pays subit une grave crise et une explosion du chômage.

La guerre des syndicats

Mais le tournant se fait sur fond de division syndicale : le torchon brûle entre la CGT et la CFDT. Après quelques années d'unité d'action - contre la réforme des retraites en 2010 et le 1er mai dernier contre Nicolas Sarkozy -, l'heure des invectives a sonné entre les deux grandes confédérations.

Bernard Thibault a jugé transgressifs les propos du numéro un cédétiste sur la baisse du coût de travail, dénonçant un « duo CFDT-Medef » au moment où s'ouvrent des négociations cruciales sur l'emploi. Chérèque n'est pas en reste, qui accuse son homologue de « détourner » en octobre une manifestation européenne.

Natif de Nancy, François Chérèque est fils de syndicaliste ouvrier métallurgiste - son père Jacques Chérèque a été l'un des principaux responsables de la confédération avant d'être ministre de Michel Rocard (1988-1991) - et a tenté tout au long de ces dix années d'approfondir la ligne réformiste (lire ci-dessous).

Des déboires, cet ancien joueur de rugby en a connus en 2003 lorsque sa décision de passer un accord avec Jean-Pierre Raffarin sur la réforme des retraites a déclenché une profonde crise interne, des milliers de militants quittant le syndicat. Il a toutefois redressé la barre : fin 2011, la centrale revendiquait 863 000 adhérents, préservant sa place de premier syndicat en termes d'adhérents. Pour la suite, Chérèque n'a pas dévoilé ses intentions : « Je vais retourner à mes premières amours, c'est-à-dire l'activité sociale ou sanitaire », affirmait cet ex-éducateur il y a six mois. Son arrivée à Emmaüs a été aussi évoquée. Pour lui, très attaché à sa centrale, ce départ reste « une rupture affective ». En février, il assurait : « J'écoute la respiration de la CFDT quotidiennement. »