Communication Le groupe avait rédigé à l'avance des communiqués pour la presse

Publié le 13/10/2012 à 00H00
Quand Renault anticipait le suicide de ses salariés... LA DIRECTION DE LA COMMUNICATION de Renault avait anticipé l'éventualité d'actes de désespoir des trois cadres, dont l'enquête révélera qu'ils avaient été accusés à tort, et rédigé à l'avance des communiqués, selon des informations divulguées par France Info, France Inter et Le Parisien.
Communication Le groupe avait rédigé à l'avance des communiqués pour la presse
Communication Le groupe avait rédigé à l'avance des communiqués pour la presse
Quand Renault anticipait le suicide de ses salariés... LA DIRECTION DE LA COMMUNICATION de Renault avait anticipé l'éventualité d'actes de désespoir des trois cadres, dont l'enquête révélera qu'ils avaient été accusés à tort, et rédigé à l'avance des communiqués, selon des informations divulguées par France Info, France Inter et Le Parisien.

© L'Est Républicain, Samedi le 13 Octobre 2012 / France-Monde 

« En tant qu'entreprise du CAC 40, en cas de crise, notre communication envisage toutes les possibilités et celle-ci en faisait partie », a déclaré une porte-parole.

Le Parisien publie un document, versé au dossier d'instruction de l'affaire par le juge Hervé Robert, qui fait état de communiqués à diffuser pour le cas où ces cadres mettraient ou tenteraient de mettre fin à leurs jours. Le document, exploité aussi par France Info fait état de deux options : la première est à utiliser si « l'un des cadres a tenté de mettre fin à ses jours », tandis que la seconde est à reprendre s'il « a mis fin à ses jours ». Utilisant les formules d'usage pour de tels drames, les deux communiqués sont similaires, à l'exception d'une phrase rajoutée dans l'option 2 selon laquelle l'entreprise... « pense particulièrement à la famille de M. xxx ».

« Elements de langage »

Contactée par Le Parisien, Frédérique Le Grèves, qui était à l'époque directrice de la communication du groupe, reconnaît avoir demandé à ses services de préparer ces projets de communiqués. « C'était de l'anticipation pure, des éléments de langage pour être prêt à répondre aux journalistes », a déclaré Mme Le Grèves, qui occupe désormais le poste de chef de cabinet de Carlos Ghosn, le PDG de Renault.

« Cyniques et scandaleuses »

Pour la CGT du groupe, ces informations sont aussi « cyniques que scandaleuses ». Fabien Gâche, responsable du syndicat, a relevé lors d'un point de presse que « l'employeur a des obligations légales de prévention » vis-à-vis des salariés. Mais, a-t-il relevé, dans le cas présent, « il ne s'agit pas de dispositions pour éviter le pire, mais de dispositions pour sauvegarder l'image de l'entreprise au cas où un des salariés viendrait à se tuer ». Pour lui, les documents divulgués, une première à sa connaissance, montrent « que la direction était au courant des risques de suicides [...] et qu'elle n'a absolument pris aucune disposition si ce n'est d'imaginer ce qu'ils pourraient dire publiquement ». Dans un communiqué, la CFDT s'est également dite « indignée devant le cynisme d'un tel procédé ''d'anticipation de communication''».

Dans l'affaire de faux espionnage chez le constructeur, deux anciens cadres du service de sécurité sont mis en examen. Ils sont soupçonnés d'avoir contribué à une escroquerie au renseignement en faisant accuser à tort d'espionnage industriel les trois cadres de Renault, qui avaient été licenciés avant d'être innocentés. Cette affaire, qui avait éclaté en janvier 2011, s'était conclue quatre mois plus tard par la démission du n° 2 de Renault, Patrick Pélata, le débarquement de six autres responsables et l'indemnisation des trois cadres.