Gros mot

Publié le 20/10/2012 à 00H00
Le mot a été lâché, et pas par Arnaud Montebourg cette fois. C'est le consensuel secrétaire général de la CFDT qui a mis en cause l'absence de protection des filières industrielles stratégiques de l'Europe.
Gros mot
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Le mot a été lâché, et pas par Arnaud Montebourg cette fois. C'est le consensuel secrétaire général de la CFDT qui a mis en cause l'absence de protection des filières industrielles stratégiques de l'Europe.

© Le Républicain Lorrain, Samedi le 20 Octobre 2012 / IG

Pour François Chérèque, Alcatel sacrifie des milliers d'emplois, dont près de quinze cent en France, parce que l'Union européenne s'est refusé à envisager toute mesure protectionniste. Résultat : nous avons abandonné le marché des télécommunications aux Chinois qui, eux, n'hésitent pas à se claquemurer. Parce que ceux-ci se sont montrés plus compétitifs, c'est-à-dire moins chers.

C'est l'éternel débat entre l'intérêt des consommateurs et celui de l'emploi. Libérale - souvent plus que les Etats-Unis -, l'Europe privilégie la concurrence et la baisse des prix, ce dont les consommateurs n'ont pas eu à se plaindre. Jusqu'au jour où cette option se retourne contre les entreprises locales. Alors la question se pose inévitablement. Trop tard. Pour des secteurs stratégiques, l'Europe n'est pas fermée à des mesures de sauvegarde sous conditions. Il en va autrement pour des secteurs tels que l'automobile ou le textile, où les chantres français d'un « nouveau protectionnisme » à l'échelle européenne plaident dans le désert.

La tentation protectionniste, qui est réapparue chez nous, relève d'une culture et d'un état d'esprit typiquement français. Nos voisins, y compris italiens, ne partagent pas ce réflexe, parce qu'ils ont bâti leur croissance sur les échanges. Se protéger, c'est se priver, en retour, d'un accès aux marchés extérieurs. Pour une industrie globalement performante, comme celle de l'Allemagne, ce serait suicidaire. Quant au protectionnisme national, il est rendu impraticable par les traités européens. N'en déplaise aux camelots du « Achetons français » qui, au-delà du stade de l'encouragement sympathique, pourrait finir par s'attirer les foudres de Bruxelles pour discrimination dans la libre concurrence entre acteurs européens.

Pierre FRÉHEL.