Un défilé aux allures de kermesse anti-Sarkozy

Publié le 02/05/2012 à 00H00
A cinq jours du second tour, l'affrontement politique a gonflé le cortège parisien, hier après-midi. Entre Denfert-Rochereau et la Bastille, le rejet du président sortant a pris le pas sur les revendications sociales.
Un défilé aux allures de kermesse anti-Sarkozy
Un défilé aux allures de kermesse anti-Sarkozy
A cinq jours du second tour, l'affrontement politique a gonflé le cortège parisien, hier après-midi. Entre Denfert-Rochereau et la Bastille, le rejet du président sortant a pris le pas sur les revendications sociales.

© Le Républicain Lorrain, Mercredi le 02 Mai 2012 / Région /

 

 

A Paris, les manifestants, quatre fois plus nombreux que l'année dernière d'après la police, laissaient poindre leur ras-le-bol sous les drapeaux syndicaux. Photo AFP

Une véritable marée humaine. Des dizaines de milliers de manifestants ont déferlé hier sur le pavé de la Capitale. Une mobilisation dont la signification politique ne souffre guère de débat : « Je ne suis pas un habitué, mais pour moi il s'agit d'une journée de résistance. Contre l'extrême-droite, mais aussi contre celui qui pactise avec », s'insurge Xavier, 45 ans, salarié au Pole emploi en Seine-Saint-Denis. Tracts, calicots, banderoles, déguisements, badges... slogans et formules convergent vers un même objectif : la dénonciation du locataire de l'Elysée. Jamais sans doute, la fête du travail n'a à ce point affiché un tel rejet du chef de l'Etat. « Préparons ensemble la branlée du 6 mai ! », lit-on ici. « Sarkozy que du bien pour nous ! », brandit sur sa pancarte un faux banquier provoc au gros cigare, en redingote et chapeau melon.

Spectacle improbable de familles entières, parfois quatre générations confondues, marchant d'un même pas, coiffées de canotiers étiquetés de l'autocollant « Casse toi pov'con ». Ainsi retapissé aux couleurs du jour, le lion de Denfert-Rochereau a un côté gros matou un peu pataud. Les aînés aussi sont sur le pied de guerre. Carmen et Jean-Robert, d'Arcueil, 150 ans à eux deux, disent leur perplexité. « Il faut que le 6 Sarkozy dégage ! », attaque Jean-Robert. Ancien typographe, il ne compte plus les manifs du 1er mai auxquelles il a participé. Mais celle-ci ne ressemble pas aux autres. Carmen tempère le propos de son homme, mais ne cède rien sur le fond. « Les risettes » au FN lui font mal : « Nous sommes des gens âgés, mais ça me fait mal au coeur de voir ça. Je suis fille de réfugiés espagnols... » Jean-Robert complète : « Elle n'avait que trois ans, en 1938, lorsque ses parents ont été parqués dans des camps ». Carmen reprend : « Le président, il a des droits mais il a aussi des devoirs ».

« Arrêtons de diviser »

A quelques centaines de mètres, vers le boulevard Saint-Michel, la tête du cortège repousse à intervalles réguliers les assauts répétés des micros et des caméras. Sous les bannières des organisations unitaires (CGT, CFDT, Unsa, FSU, Solidaires) les leaders syndicaux jouent leur partition en ordre dispersé. Annick Coupé (Solidaires) ou Bernard Thibault (CGT) confirment leur appel à tacler le sortant. « Au vu du bilan, sur les retraites, le temps de travail et la dérégulation, il fallait contribuer à battre le président Sarkozy », justifie le secrétaire général de la CGT. Sans crier victoire pour autant : « Ça ne répondra pas pour autant à toutes les revendications, mais c'est la condition d'un changement politique ». Le même déplore la contre-offensive UMP au Trocadéro : « C'est la première fois qu'un président cherche à s'opposer au 1er mai qui demeure une journée de mobilisation sur les mobilisations sociales dans le monde entier ».

Un ton en dessous, François Chérèque (CFDT), se pose en garant de la neutralité de sa centrale et rejette toute interférence directe sur le scrutin de dimanche. Pas question pourtant de taire les attaques de Nicolas Sarkozy : « Arrêtons de diviser la France et faisons en sorte de ne pas opposer les salariés entre eux », objecte celui qui jugeait quelques heures plus tôt que « le discours de Nicolas Sarkozy n'est plus acceptable ».

Par ailleurs, sa mise en garde invitant les ténors politiques - visant tout particulièrement Mélenchon - à se placer en fin de cortège a été entendue. Martine Aubry et Ségolène Royal ont défilé côte à côte, à l'écart des leaders syndicaux, tandis que François Hollande saluait la mémoire de Pierre Bérégovoy dans sa ville de Nevers. Un hommage du candidat socialiste loin « des drapeaux rouges de la CGT », contrairement à ce qu'avait laissé entendre en meeting Nicolas Sarkozy.

S'ils se sont fait voler la vedette, hier sur le terrain politique, les leaders syndicaux le doivent aux manifestants eux-mêmes. « C'est la première fois que je suis aussi motivée un 1er mai », balance Delphine, 63 ans. « Nous sommes tous de vrais travailleurs. Pour le peu que j'y connais en Histoire, je trouve que ce discours à des relents des années 30. Ce petit monsieur me fait très, très peur », conclut cette documentaliste à la retraite.

Le reportage à Parisde Xavier BROUET.