« Ce n'est que partie remise »

Publié le 26/01/2012 à 00H00 (mis à jour le 27/01/2012 à 12H07)
Retraites - N° 1 de la CFDT, François Chérèque, était à Nancy, où il a évoqué les suites du bras-de-fer social de 2010
« Ce n'est que partie remise »
« Ce n'est que partie remise »
Retraites - N° 1 de la CFDT, François Chérèque, était à Nancy, où il a évoqué les suites du bras-de-fer social de 2010

© L'Est Républicain, Jeudi le 26 Janvier 2012 / Ouverture France-Monde

 

François Chérèque, à Nancy : « L'été dernier, le gouvernement ne voulait pas reconnaître les difficultés ». Photo. Alexandre MARCHI

François Chérèque, on vous prête l'intention de quitter la CFDT dès 2012. Crédible ? Absolument pas. Mon mandat court jusqu'au printemps 2014 et je compte aller au bout. Simplement, quelques-uns voudraient accréditer l'idée selon laquelle je ferais comme d'autres, si la gauche arrive au pouvoir, avec une ambition politique de ma part. Mais c'est faux. La CFDT annonce en vue de la présidentielle qu'elle ne sera « ni neutre, ni partisane »... Positionnement certes naturel en théorie pour un syndicat, mais un peu ambigu, non ? Vous voudriez que je dise aux militants, qui se prononcent dans leur choix civique individuel, de voter pour tel ou tel ? Personne n'a à s'immiscer dans les décisions personnelles. Nous avons des propositions à faire, et nous rencontrerons tous les candidats à la présidentielle, à l'exception de Marine Le Pen. Ensuite, chacun, après avoir examiné les programmes, sera libre d'en tirer les conséquences. Les chiffres du chômage sont très mauvais... ... et ça ne me surprend pas. La CFDT avait annoncé ces mauvais chiffres au mois d'août quand le gouvernement a lancé son plan d'austérité, on le paie. J'ai bien peur que 200 décisions partielles et précipitées soient liées par des motivations politiciennes, avec la loi comme vecteur de communication électorale. Les dernières décisions du sommet social, c'est certes utile, mais ça vient un peu tard. La difficulté, en France, c 'est toujours d'anticiper les problèmes. Pourquoi, justement ? Parce qu'anticiper les difficultés, c'est reconnaître leur existence. Or, s'il n'a pas le choix aujourd'hui, le gouvernement ne voulait pas les reconnaître l'été dernier. Et les 1.000 CDD embauchés à Pôle Emploi ? C'est mieux que rien bien sûr, mais c'est largement insuffisant. La fusion de l'ANPE et de l'Assedic prévoyait un agent pour 60 chômeurs. La moyenne aujourd'hui c'est un pour 110, voire plus... Quand un syndicat comme la CFDT voit que sa mobilisation contre une loi comme celle des retraites n'a pas empêché son application, il ressent quoi ? Un sentiment d'échec ? Oui, il y a une forme d'échec, mais ce n'est que partie remise. Les retraites seront le dossier de 2012-2013. La gauche annonce qu'elle remettra le système en cause, et la droite admet de toute manière que, tel qu'il est, il ne règle pas tout à long terme... Dans les rangs syndicaux, comment traversez-vous la crise économique ? La CFDT enregistre une sixième année de hausse consécutive de ses troupes, de l'ordre de 2 ou 3 %, pour près de 860.000 adhérents. Ce qu'on constate en revanche, c'est la difficulté d'un nombre croissant de cotisants de s'acquitter de leur adhésion, en raison de la baisse de leurs moyens financiers. La Lorraine souffre plus que les autres depuis 2008 (N.D.L.R. : 12 % de pertes des emplois industriels en France pour une population inférieure à 4 %). Seriez-vous favorable à un plan d'action ciblé sur la région ? L'action doit d'abord être ciblée vers le secteur industriel dans son ensemble. Le problème du chômage est d'abord français. Hélas, les dernières années, les décisions prises ont toutes convergé pour tirer la France vers le bas.

Propos recueillis

par  Antoine PETRY