Bure : nouvelle étape vers le stockage

Publié le 01/12/2010 à 00H00
L'enquête d'utilité publique pour la prolongation de l'exploitation du laboratoire nucléaire souterrain de Bure n'a pas mobilisé les foules. Elle n'a recueilli que neuf avis.
Bure : nouvelle étape vers le stockage
Bure : nouvelle étape vers le stockage
L'enquête d'utilité publique pour la prolongation de l'exploitation du laboratoire nucléaire souterrain de Bure n'a pas mobilisé les foules. Elle n'a recueilli que neuf avis.

Le Républicain Lorrain, Mercredi le 01 Décembre 2010 / Région
 

 

Créé par décret en 1999, en activité depuis 2006, le laboratoire de Bure préfigure le premier site de stockage souterrain de déchets radioactifs. Photo archives RL/Pierre HECKLER

Longtemps réticente - voire opposée - à l'énergie nucléaire, la CFDT assume sa conversion avec résignation : « La bataille antinucléaire, on l'a perdue voilà plus de vingt ans ». Jusqu'à effectuer hier son pèlerinage pro-Bure, en terre meusienne, aux confins de la Haute-Marne, pour y déposer ses quatre pages de contribution au débat citoyen. Et ce, dans le cadre de l'enquête d'utilité publique pour la prolongation de l'exploitation du laboratoire souterrain. Créé par décret en 1999 - avec la bénédiction de Dominique Voynet, alors ministre (Verts) de l'Environnement - en activité depuis 2006, celui-ci préfigure le premier site de stockage souterrain de déchets radioactifs. Pour Alain Gatti et Patrice Sanglier, de la CFDT lorraine, « la question ne doit pas être éludée ». « Le principe de responsabilité doit prévaloir », insistent les responsables de la centrale, en applaudissant à l'expérimentation conduite par l'Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) d'un stockage géologique des déchets de longue vie. « Le retard pris est considérable, il nous faut prendre les moyens d'une décision sociétale éclairée par les travaux d'expérimentation en question », explicitent-ils en remettant au commissaire enquêteur l'un des deux avis favorables, sur les neuf recueillis par la procédure close hier.
« Simulacre de démocratie »

Pour les opposants à Bure, l'issue de l'enquête ne fait guère de doute : « Cette consultation n'est qu'un simulacre de démocratie », dénonce Nadine Schneider. « D'ailleurs, la population n'est pas dupe. Lorsque nous avions recueilli 45 000 signatures contre le projet de l'Andra, l'administration s'était assise dessus. Alors on imagine mal qu'elle fasse marche arrière à ce stade d'évolution du dossier ».

Les anti-Bure voient dans la création du laboratoire la première marche débouchant sur l'enfouissement : « Non seulement on a très peu de recul par rapport aux investigations effectuées, mais on ne dispose d'aucune expertise indépendante. On ne connaît pas les résultats de la sismicité du sous-sol et force est de constater que l'Andra n'a pas une parole libre », attaque Nadine Schneider, qui tire de l'épisode rocambolesque du dernier convoi Castor, l'illustration de l'impasse à laquelle mène le nucléaire.

Le calendrier prévoit pourtant l'ouverture, en 2013, d'un débat public sur la question de l'enfouissement. La CFDT, elle, veut y croire. « L'avenir de la filière électronucléaire dépend de sa capacité à maintenir un niveau de sûreté et de sécurité maximale pour tous », résume Dominique Olivier. Pour le secrétaire au développement durable à la confédération : « Il faut assurer le démantèlement des installations et le traitement des déchets radioactifs dans des conditions assurant la sûreté des générations futures ».

Reste à convaincre ceux qui s'interrogent sur les motivations qui incitent le syndicat de François Chérèque à s'exposer ainsi sur un dossier à haut risque, plutôt éloigné de sa base. « Le site, c'est actuellement 320 salariés dont 80 à l'Andra. Mais c'est aussi des perspectives de développement avec le projet du CEA d'implantation d'une usine pilote d'agro-carburant de 2e génération », conclut Patrice Sanglier. L'emploi, argument massue.

Xavier BROUET.